30 avril 2006

J'ai 3 ans

J'ai 3 ans

J'ai 3 ans. Je vais à l'école depuis peu. Je suis heureuse, je le sens. C'est l'époque de l'insouciance. Je joue avec les cubes, les puzzles, la pâte à modeler...Dans la cour, je joue avec mes camarades dans le bac à sable au pied du saule pleureur, mon arbre préféré dans lequel j'aime chercher les coccinelles le printemps venu. Je fais des pâtés. Je ris, je saute, je cours après quelques garçons que je préfère aux filles et ensemble, on joue à "s'attaquer". Parfois, je cherche des yeux mon grand frère qui est chez les grands déjà. Parfois, je suis triste aussi quand d'autres grands lui cognent dessus sans raison, comme ça, juste pour se choisir un bouc émissaire. Je suis trop petite, je ne peux pas le défendre. Mais pourquoi les maîtresses ne voient-elles donc rien ? Déjà, j'ai conscience que les plus forts s'en prennent aux plus faibles. Mon innocence fond. Plus forts ? Plus faibles ? Est-ce être forts que d'être 4 contre un seul ? Est-ce de la lâcheté que de ne pas oser rendre les coups, dénoncer ? Mon frère, lui si doux, si gentil, si bon...pourquoi lui ? J'ai 3 ans et déjà j'ai peur de la vie. Peur de la violence qui peut émaner de certaines personnes. Peur des cris. Plus seulement peur de la nuit...

Je n'aime plus l'école

J'ai 4 ans.

J'ai 4 ans. Finies, les siestes tout l'après-midi. Terminés, les puzzles, cubes, pâte à modeler toute la matinée. Finie, l'insouciance. Je découvre que je n'aime plus l'école...
Le temps n'est déjà plus au jeu. Place à l'apprentissage de l'écriture, lecture, calcul, travail manuel que j'execre alors.
Comment pourrais-je réussir à écrire mon prénom alors que je sais à peine parler ? Ne faut-il pas maitriser d'abord le langage avant de savoir reconnaitre son alphabet ? Mais je ne sais pas ! Moi, je ne parle pas !

Jour de fête pour la moyenne section, la maîtresse nous annonce que l'on va décorer une jolie bouteille que l'on va offrir ensuite à notre maman; cris de joie de l'ensemble de la classe, battement de mains, sourires sur les lèvres...A une exception près: Moi.
Moment de panique. Je ne sais pas faire. Je suis gauchère et maladroite, je crois. Envie comme tout le monde de faire plaisir à ma maman, envie (ou besoin ?) de la rendre fière de moi. Mais, surtout envie de rentrer à la maison... définitivement. "Maman, s'il te plaît, ramène-moi à la maison !" ai-je envie de crier tous les matins, une fois arrivées devant la grille. Toujours, je pleure, ma détresse est si profonde. Parfois, maman me ramène effectivement à la maison. Mais elle ne faiblit pas toujours. A-t-elle autant envie de me garder auprès d'elle que je le soupçonne ? Cela l'arrange-t-il, au fond ? Maman est si souvent hospitalisée ces dernières années, peut-être a-t-elle besoin de récupérer ce temps perdu...
Cette belle bouteille, je finirais finalement par la lui offrir comme le reste de la classe... Mais aidée par la maîtresse qui fait presque tout à ma place, qui se met en colère, qui n'empêche surtout pas les autres de se moquer de moi...Les autres que je n'aime plus du tout, que je crains car je suis différente d'eux à jamais.
Je n'aime plus l'école...

Premier émoi, première rébellion

J'ai 5 ans

J'ai 5 ans. Je n'aime toujours plus l'école. Ce dégoût me pousuivra jusqu'à mes 17 ans, jusqu'à que je claque définitivement la porte de l'école.
J'ai 5 ans et j'aime un garçon. Il est blond, a les yeux bleus...et les oreilles en choux ! Il s'appelle Stéphane. Ensemble, on joue. Ensemble, on ri. Ensemble, on fait nos premières bêtises ! Comme ce jour où nous retournons discrètement en classe pendant la récréation et nous chapardons une pleine poignée de graines de maïs que la maîtresse garde pour les travaux manuels. Petite bêtise qui me paraissait tellement audacieuse à l'époque !
J'aime Stéphane de tout mon petit coeur. On ne s'embrasse pas, mais on se prend la main. Il me manque quand je rentre à la maison...J'aimerais presque l'école grâce à lui !

J'ai 5 ans et le vrai apprentissage de la lecture et écriture a commencé. Je maitrise toujours aussi mal le langage. Même si je m'améliore sûrement. Je suis née avec plus d'un mois d'avance et j'en garde de nombreuses séquelles...physiques autant que psychomoteurs.
J'ai 5 ans et malgré mes difficultés, je suis encore pleine de bonne volonté. Je me rappelle ce jour comme si c'était hier, la maîtresse est au tableau, je suis assise au premier rang, premières tables. Madame F. demande un volontaire pour effectuer un exercice au tableau. Que m'arrive-t-il ? Voilà que je m'excite, je lève le bras bien haut pour qu'elle me choisisse. Elle me voit. Elle me fait venir au tableau. Je prends fièrement la craie blanche qu'elle me tend. Je m'apprête à écrire quand soudain, je reçois une tape sur la main...Gauche, la main. Interdit ! Tabou ! Bouh, vilaine pas belle !!! Je ne sais pas encore que c'est interdit d'être gauchère mais je l'apprends ce jour-là très brutalement. Envolée, ma bonne volonté d'être une élève comme les autres, une élève studieuse, sans problème. Envolée, mon envie d'être sage et bien élevée ! Je me rebelle. Gauchère je suis, gauchère je serai ! J'ai déjà bien assez de problèmes comme ça, ça me suffit largement !
A la maison, j'ai le soutien de mes parents qui eux aussi pensent que leur fille a assez de problèmes comme ça pour en rajouter encore. Ils vont trouver la maîtresse, lui parler...J'ai gagné !!! J'ai 5 ans et j'ai osé tenir tête à des adultes...

CP

Je vais avoir 6 ans dans presque 3 mois. Ce matin, c'est la rentrée. Ma première rentrée à "la grande école". J'ai bien dormi. Maman vient me réveiller, en douceur. J'ouvre les yeux et immédiatement, je me rappelle quel jour nous sommes. Ce matin, j'entre au CP et je suis impatiente d'être enfin une grande fille. J'ai un cartable flambant neuf. Mon tout premier cartable. Je l'arbore fièrement sur mes petites épaules. Je marche tout aussi fièrement à côté de maman qui m'accompagne à l'école, ma petite main au chaud dans la sienne. La cour est remplie de parents sans doute un peu inquiets et émus. Des enfants pleurent mais pas moi. Je ne suis plus un bébé ! La directrice arrive, plusieurs feuilles dans les mains. Le silence se fait, l'appel commence. Du CM2 au CP, les classes se composent dans la cour qui me paraît immense. Elle se vide petit à petit au fur et à mesure que les maîtresses et maîtres récupèrent leurs élèves respectifs. Il ne reste plus qu'une poignée d'élèves dont je fais partie. Je comprends que je vais être dans la classe de la directrice, Madame V qui bientôt commence l'appel de ses élèves. Mon nom résonne dans le silence de la cour. Je fais un dernier bisou à maman que je regarde s'éloigner, le coeur soudain un peu serré. Je ne sais plus si j'ai autant envie d'être une grande, finalement. Mais courageusement, je suis les autres et nous montons deux par deux jusqu'à notre salle de classe, au premier étage du gigantesque bâtiment. Je n'ai qu'un souvenir très flou du reste de cette première journée qui doit sans doute s'être bien passée...

Pourtant, très vite je ne me sens pas bien dans cette classe. Je n'aime pas ma maîtresse qui se révèlera sévère, beaucoup trop, et à la méthode d'enseignement ancestrale avec châtiments corporels à la clef. C'est la directrice. C'est une femme de 50 ans, proche de la retraite qu'elle prendra durant ma seconde année de CE2.
J'aurais souhaité une maîtresse douce, elle, elle passera le plus clair de son temps à nous hurler dessus. Moi qui suis très timide de nature, plutôt sauvage, déjà très complexée car depuis la maternelle j'ai compris qu'elles étaient mes nombreuses lacunes voilà que je découvre la peur. Je suis souvent terrorisée. Madame V n'est pas méchante, non, juste pas faite pour enseigner à de très jeunes enfants que nous sommes alors. Pourtant, j'ai du caractère et un instinct de survie déjà exacerbé alors j'affronte cette peur, je la surmonte et je n'ai aucun problème avec madame V de toute l'année scolaire. Au contraire, puisque je deviens très vite sa chouchou !!! Peut-être que ma fragilité me sauve ? Peut-être que le fait d'être la plus jeune de la classe car née en fin d'année, la plus petite en taille car j'accuse un retard du développement, la plus fragile car je manque souvent la classe en raison de petits problèmes de santé me sauve en effet, mais du haut de mes 6 ans, je n'aime déjà pas l'injustice et je n'aime pas être la chouchou.
Alors, je provoque, je ne suis pas sage, mais j'écope juste de petites punitions. Je copie des lignes, je vais "à la niche" sous le bureau de la maîtresse...quand les autres recoivent la fessée.
En plus, je travaille mal...mais là, je n'y suis pour rien. Je n'y arrive toujours pas. Je ne comprends pas le calcul, je ne comprends pas la lecture. Pour les leçons, je n'ai aucune mémoire. Je me sens déjà très bête et les autres me le font bien sentir. Les enfants sont cruels entre eux, c'est bien connu ! Mais avec moi, tout prend d'énormes proportions. Du moins, en ai-je alors l'impression !
Un matin, nous sommes assis en tailleur sur le lino gris de la classe, faisant cercle autour de la maîtresse qui nous enseigne le calcul à même le sol et à la craie. Elle me pose une question et je ne sais y répondre. La voilà qui se met encore en colère mais cette fois après moi. Je crois que c'est là la première fois que madame V me crie dessus. Immédiatement, je me mets à pleurer. Si ses cris avaient pour but de me faire réagir, si elle espérait ainsi un déclic, un petit miracle, une étincelle d'intelligence dans ce petit esprit qui est le mien, elle ne réussit qu'à me braquer davantage, me faire me fermer comme une huître. L'effet escompté n'est donc pas atteint et moi je déteste et crains un peu plus ma maîtresse. Cette maîtresse qui à présent me menace de me garder en retenue et dont l'annonce ne déchaine plus seulement une fontaine de larme mais carrément un torrent...
Mais au mileu de cette tempête voici mon petit rayon de soleil qui vient percer mon gros nuage noir en la personne de Stéphane, mon amoureux depuis la maternelle. J'entends sa douce voix me déclarer: "t'inquiète pas, elle dit toujours ça mais elle le fait jamais !"
Ce jour-là, mon amoureux vient de me sauver la vie en soulageant mon gros chagrin. Il me donne de l'espoir. Je le crois car je sais qu'il a raison. Elle dit tout le temps ça mais ne le fait pas...quand il s'agit de moi !
Et ce jour-là, ce n'est pas d'une adulte que sont venues les paroles consolatrices mais bel et bien d'un enfant...Et pas n'importe lequel !

 Comme je l'ai aimé, Stéphane, malgré ses oreilles décollées... 

Deuxième CP

J'ai 7 ans

Je vais avoir 7 ans et c'est mon deuxième CP. Je retrouve la même classe, même maîtresse mais de nouveaux camarades. Les précédents sont entrés en CE1.
Avec une joie immense, je retrouve mon amoureux, Stéphane qui comme moi a redoublé. L'on pourrait croire que l'on se suit lui et moi ! Il y a aussi Gino puis Dominique et Jocelyn, les vrais frères jumeaux aux caractères si opposés. Deux gentilles petites terreurs qui font tourner leur mère en bourrique ainsi que la maîtresse qui doit souvent les punir. Je les différencie facilement grâce aux lunettes que porte Dominique et la voix plus douce de son frère Jocelyn. Je m'entends généralement bien avec les garçons et ceux-ci n'en font pas exception. Je les préfère aux filles qui sont alors de vraies teignes, des chipies souvent jalouses. Pendant la récréation, je ne me souviens d'aucun jeu avec les filles, je continue à courir avec les garçons.
Pourtant, cette année-là, pour la première fois je me ferais 2 copines: Marie-Jésus et une petite fille de l'autre classe de CP qui se prénomme Sophie ou Sylvie, ma mémoire me fait un peu défaut sur son prénom. Cette fille que je fréquente surtout le soir, à l'heure de l'étude. Cette fille si gentille, si douce, si généreuse qui m'offrira presque chaque soir la moitié de son goûter, des biscuits toujours racis. Cette petite fille dont j'apprendrais 1 an et demi plus tard par le quotidien "le progrès" qu'elle et son petit frère étaient des enfants martyrisés, leur photo faisant la une des nouvelles locales. Deux jeunes enfants découverts dehors presque entièrement nus par une froide nuit de printemps...
J'avais 8 ans et demi lorsque j'ai lu cet article. Plus de 28 ans plus tard, je me souviens encore du choc que j'ai eu, de mon immense peine, de mon incompréhension... Dans la logique de mes 8 ans, je pensais qu'il n'y avait que les méchants qui méritaient d'être maltraités...et cette fille était bien loin d'être une méchante enfant ! Aujourd'hui encore, en me remémorant ce douloureux souvenir, j'ai le coeur qui se serre...
Je n'ai plus jamais revu cette fille à l'école...

Marie-Jésus a des difficultés pour lire. Elle est aussi plus jeune que moi. Maintenant que je maîtrise enfin le langage, voici que je lis couramment et avec plaisir. Je découvre les livres avec bonheur, magie, une gourmandise insatiable de lecture. Je dévore. En classe, je souffre d'entendre les autres annoner. Je m'ennuie pendant la lecture. J'ai du mal à suivre car je suis plusieurs pages plus loin que les autres...
Mais un jour, la maîtresse dispute Marie-Jésus, la menace de la redoutable fessée si elle ne se décide pas à lire correctement sa phrase.
Immédiatement, je bondis sur mon siège. Je trouve cette menace injuste car Marie-Jésus est pleine de bonne volonté. Ce n'est pas par la violence que l'on peut obtenir d'un enfant qu'il apprenne à lire !
Je me souviens parfaitement de Marie-Jésus assise une table devant la mienne, au premier rang. De la maîtresse debout devant elle et de moi assise jute derrière qui ne me gène plus pour lui souffler la phrase. Je lui viens en aide comme j'aurais souhaité qu'on le fasse pour moi. Marie-Jésus répète la phrase après moi. La maîtresse n'est pas dupe, elle me regarde et j'affronte son regard sans baisser les yeux. Pourtant, j'ai peur de me faire punir mais je crois qu'en cet instant, c'est le dernier de mes soucis.
Est-ce que je me trompe ou je crois déceler une lueur d'amusement dans les yeux marrons de la maîtresse ?
Ce jour-là, en tous cas, je me suis fait une camarade...

Souvenirs en vrac

Mettons une petite parenthèse aux souvenirs scolaires et faisons place à une présentation plus globale; des souvenirs d'enfance sans aucun lien avec l'école. A présent, si aucun lecteur ignore que je manque cruellement de confiance en moi et que j'ai peu d'estime pour moi, je n'ai pas encore parlé de mon caractère... Avant toute chose, une "petite" présentation d'usage et fortement conseillée s'impose afin de vous aider à mieux cerner ma personnalité....

Après plus de 12 h d'efforts et dans la souffrance physique, ma mère me met au monde un jeudi 23 novembre de l'année 1968.
Je pointe le petit bout de mon nez à 10H10, dans une clinique du 4 è arrondissement de Lyon et pousse ainsi le premier d'une très loooonnngue série de cris. Je nais donc avec le sourire puisque née à 10H10 ! (si ceci est un mystère pour vous, que vous ne saisissez pas l'allusion, prenez votre montre ou le cadran d'une horloge et imaginez 10H10 dessus et je suis certaine que vous comprendrez et sourirez aussi ;) )
Je suis le deuxième enfant de la famille, première et unique petite fille qui voit le jour 2 ans, 8 mois et 9 jours après un petit garçon prénommé Eric. Tous deux sommes des enfants de l'amour, désirés et attendus ardemment.
Toutefois, je nais un peu trop tôt.
La veille de ma naissance, ma mère chute lourdement et quelques heures plus tard, les premières contractions surviennent. Je nais plus d'un mois à l'avance.
A ma mère en train d'accoucher, la sage-femme sans doute fortement douée pour la voyance annonce que je serai une sacrée chipie. Des prédictions qui, hélas pour mes parents, se révèlent très vite exactes...
Ayant été privée de couveuse à la clinique (celle-ci en était dépourvue et l'on ne m'a pas transférée dans un autre hôpital), à ma naissance je suis chétive, fragile et je déperris. Je suis malade. Je maigris au lieu de prendre du poids et je refuse de m'alimenter. Je vomis tous mes repas. Le pédiatre est guère optimiste quant à ma survie. Je suis si maigre et petite que ma mère longtemps me compare à un poulet. Durant plusieurs années, d'ailleurs, elle éprouve une telle aversion pour ce volatile qui lui rappelle le bébé que j'ai été qu'elle est incapable d'en manger.
Malgré les pronostics réservés, ma mère refuse de se résoudre à me perdre et ensemble, nous nous battons pour que je vive. Elle redouble donc d'amour et de soins, allant jusqu'à me placer dans du coton près d'un radiateur pour maintenir mon petit corps au chaud. Pourtant, je suis loin d'être un bébé facile. Je pleure à longueur de journée, mettant à rude épreuve les nerfs de mes parents.
Un jour, quelques années plus tard, alors que je suis en âge d'en apprendre un peu sur ma naissance et surtout de comprendre, ma mère me confie qu'il lui arrivait d'être si fatiguée et découragée de m'entendre pleurer qu'elle mourrait d'envie de me mettre dans un placard pour ne plus m'entendre.
Au bout de quelques mois, je me mets enfin à manger, je vais un peu mieux et mes parents reprennent espoir. Mais à 9 mois, je ne me tiens toujours pas assise seule. J'accuse un sérieux retard du développement que je conserve d'ailleurs durant toute mon enfance, jusqu'à l'adolescence.
A 11 mois, j'en parais à peine 8 mais je suis en vie. La bataille est gagnée et la menace de mort qui planait sur moi est levée.
Seulement, je suis dotée d'un solide caractère ! Durant toute ma petite enfance, je fais tourner mes parents en bourrique. Je pique des caprices, je pleure, je fais des bêtises, je suis têtue et plutôt teigne avec mon grand frère qui lui est un amour. Très vite, on me catalogue d'enfant caractérielle. Heureusement pour moi que mes parents m'aiment et ont une patience d'ange car il est question à un moment de me placer dans un centre pour enfants inadaptés...
J'ai de nombreux souvenirs d'enfance où je me conduis comme une peste. Comme ce jour où, en promenade à la campagne avec mes parents et mon frère, je me dispute avec lui et dans un accès de rage, je jette son tambour au milieu d'un plan d'eau. Je dois avoir 4 ou 5 ans...
Ma tante qui nous garde mon frère et moi à une époque où ma mère doit se faire hospitaliser me raconte quelques années plus tard qu'elle me surprend un jour en train de marcher exprès sur la queue d'un pauvre et adorable chien...
Une autre fois, alors que je suis en commissions avec ma maman dans un magasin, je chaparde des bonbons...
Je dois avoir 7 ans, alors que je viens de me faire disputer pour je ne sais plus quelle bêtise et qu'on m'envoit me calmer dans ma chambre, en colère, je glisse sous ma porte un mot sur lequel j'écris que je vais me suicider. Je sais alors à peine écrire !!! Ce jour-là, mes parents qui sont de formidables pédagogues ont une réaction qu'avec le recul nécessaire je juge d'excellente; ils me grondent mais au lieu de me punir m'expliquent la gravité de tels propos. Cela me suffit pour que je comprenne l'empleur de mon geste et jamais je ne recommence une telle bêtise. J'ai compris que le chantage était non seulement dangereux mais interdit...
Un peu plus tard, j'ai environ 8 ans et l'école demande un jour des volontaires pour vendre des carnets de tombola. Le soir, à 17h, après la classe, sans réfléchir, je me rends avec deux camarades faire le tour du quartier à la recherche d'acheteurs éventuels. Il est 19h lorsque je rentre enfin à la maison. Je prends l'ascenseur tranquillement. Je sonne. Je suis surprise de trouver mes parents aussi bouleversés lorsqu'ils m'ouvrent la porte. Pendant que je vendais insouciante mes carnets eux se demandaient où leur fille était passée. Téléphonaient à l'école pour demander si j'avais été punie et s'apprêtaient à appeller la police pour signaler ma disparition...
Pour la deuxième fois, mes parents ont une excellente réaction. Bien sûr, je me prends un bon savon et je mets à pleurer mais là encore, ils m'expliquent pourquoi ils me disputent et je comprends leur peur, je comprends qu'ils ont cru que je m'étais fait enlever (comme cela a déjà failli se produire quelques années auparavant) et je comprends surtout le chagrin que je leur ai causé et, tant d'années plus tard c'est ce qui me marque encore aujourd'hui quand j'y repense...comme une empreinte indélébile...

Le cartable aux trésors

Jeudi, 13H, je pénètre dans mon F2, accueillie comme d'habitude par mon chat qui se frotte contre mes jambes en ronronnant... Je pose mon sac, me baisse pour prendre Rubis dans mes bras, le repose après un bref câlin car mon chat déteste être porté et me dirige dans ma salle de séjour... Mon regard est soudain attiré par un objet innhabituel posé sur mon canapé: mon vieux cartable en cuir noir. Pas étonnée car je me doute que c'est ma mère qui, ayant le double de mes clefs, l'a déposé là. Par contre, un peu contrariée car mon petit 45m2 n'est pas extensible et je ne sais déjà plus où ranger la plupart de mes affaires... Je prends le cartable, le déplace du canapé à ma chambre où je le pose négligemment sur le sol en attente de mieux puis je vaque à mes occupations et l'oublie quelques heures. En début de soirée, je ne saurais dire pourquoi, je repense à ce cartable et, curieuse de savoir ce qu'il contient, je le prends, l'emporte avec moi sur le canapé où je m'installe confortablement. Je l'ouvre un peu fébrilement, ayant l'intuition que son contenu m'offrira quelques moments d'émotion. Quelques instants plus tard, j'en retire d'abord une vingtaine de dessins d'enfants datant de mon année de CES (contrat emploi solidarité) effectuée à l'école privée Fleury Marceau en 92/93. Des enfants âgés aujourd'hui entre 17 et 19 ans et à l'époque entre 4 et 6ans... Je retrouve aussi une lettre manuscrite écrite de la main de ce célèbre animateur Jean-Pierre Foucault auquel je ne me souvenais même pas avoir écrit un jour ! Et puis une autre lettre écrite de celle de cette chanteuse/animatrice que je vénérais, Dorothée, ainsi qu'une photo sur laquelle je pose juste à côté d'elle en compagnie d'autres enfants et adolescents qui comme moi avaient gagné le droit d'assister gratuitement à son spectacle et le privilège d'interviewer la vedette... Mais le plus important, le plus émouvant à mes yeux sont ces lettres retrouvées de ma meilleure amie Cathy Person... Ceci sera l'objet d'un prochain billet...

CE1

J'ai 8 ans

Je dis définitivement adieu au CP et j'entre enfin en CE1. Pour la première fois, j'ai un maître, monsieur G. que je vais beaucoup aimer.
Dans la foulée, je change aussi de cour d'école. A l'époque, mon école était déjà mixte depuis quelques années mais encore scindée en deux parties: d'un côté, l'école des filles dirigée par madame V. et de l'autre l'école des garçons dirigée par monsieur B.
Pour la toute première fois, je suis séparée de Stéphane qui est resté dans l'école des filles, dans une autre classe de CE1. Bizarrement, je ne me souviens pas en avoir été affectée.
Je n'ai pas beaucoup de souvenirs de cette année scolaire, si ce n'est mes sempiternels problèmes liés à l'apprentissage et en particulier celui des maths.
Cette année-là, j'ai toujours peu de copines. En récréation, je joue encore avec les garçons. Surtout aux billes. En classe, je subis toujours les railleries de certains camarades quand je ne comprends pas quelque chose ou me trompe dans un exercice. Cela m'atteint beaucoup. Démollit sournoisement le peu d'estime que j'ai pour moi. Pour la première fois, j'en souffre à un point que je rentre presque chaque jour de l'école en pleurant...
Cette année-là, à seulement 8 ans, dans un accès de désespoir et de ras-le-bol, je vais un jour me passer ma corde à sauter autour du cou en présence de mon frère qui comme hypnotisé n'aura absolument aucune réaction. Mon père est à son travail, ma mère en commissions et mon frère et moi sommes seuls à la maison. Je me souviens de la corde qui sert mon cou, de ma panique en réalisant l'importance de mon geste, de ma peur car j'ai mal, je commence à étouffer, du regard incrédule de mon frère qui semble me dire qu'il est en train de rêver et qu'il va se réveiller...et aussi de ma honte car j'ai conscience d'avoir fait une grosse bêtise. D'ailleurs, lorsque mes mains encore tremblantes parviennent à désserrer la corde je fais promettre à mon frère de ne rien dire à nos parents. Aujourd'hui, je me demande si mon frère garde un souvenir de ce jour...on n'en a jamais parlé, même pas lorsque cela s'est passé !

En septembre de mon année de CE1, mes parents m'inscrivent à la fraternelle d' Oullins dans un cours de gymnastique. J'en fais pendant 2 ans puis j'arrête à cause des compétitions que j'exècre malgré de très bonnes aptitudes pour ce sport et la déception de madame M. une monitrice qui essaye de me faire changer en d'avis.
C'est aussi durant cette année que mes parents m'offriront mon premier animal de compagnie: un chat unicolore, noir, adopté à la SPA de Brignais. Il a déjà un prénom, Bibi qu'on choisit de lui conserver.

29 avril 2006

Deuxième CE2

J'ai 10 ans

Comme une suite logique, je redouble mon CE2.
Je retourne du côté de l'école des filles et entre dans la classe de madame B., une femme gentille, brune et frisée comme un mouton. Gentille, certes, mais stricte et sévère qui me punit souvent car je n'apprends pas mes leçons et ne fais pas mes devoirs à la maison. J'en ai vraiment marre de l'école ! Pourquoi ferais-je des efforts puisque je me sais bête et que de toute façon je n'ai aucune mémoire ? A force de lire chaque année sur mon carnet de notes que "Christel a peu de capacités scolaires", cette idée que je suis idiote a germé puis pris racine dans ce pauvre cerveau torturé et s'y est ancré à vie...
Cette année-là, j'ose encore quelques efforts en début d'année, je fais encore preuve de bonne volonté, puis découragée, je me laisse m'enfoncer tout au fond de ma bêtise. Je perds pied. Je coule. Je ne suis plus rien, qu'une pauvre gamine de dix ans en paraissant huit, complètement paumée, dégoûtée de l'école et dégoûtée d'elle-même.
Au début, j'apprends sans envie, sans passion mes leçons que j'oublie aussitôt.
Alors j'arrête d'apprendre.
Au début, j'essaie de suivre, de comprendre le fonctionnement d'une division mais trop bête, je n'y arrive pas.
Alors je remplis au hasard, mets les chiffres qui me passent par la tête, un peu comme on rempli une grille au loto.
Je ne lève même plus la main lorsque je n'ai pas compris un exercice ou une leçon. J'en ai assez de subir les railleries de certains camarades, assez d'entendre soupirer les premiers de la classe car je leur fais perdre du temps, assez d'entendre la maîtresse nous répéter de "tourner sept fois notre langue dans notre bouche avant de dire une bêtise"...
Je me fais la plus discrète possible. Ce n'est pas difficile quand on est petite de se faire un peu oublier. Pour m'oublier, la maîtresse m'oublie ! Je ne passe jamais au tableau. Elle ne doit même pas s'être rendue compte que je ne sais pas faire une division...
Puis un jour, enfin, ô miracle, le déclic se fait brusquement ! De manière aussi soudaine qu'inespérée, la petite lumière jaillit et je comprends enfin. Je suis heureuse, soulagée, libérée d'un poids. Je peux enfin faire mes devoirs de mathématiques sans tricher. Je peux oser lever la main pour demander à passer au tableau faire un exercice....Mais c'est déjà presque la fin de l'année et j'ai perdu vraiment beaucoup trop de temps.

En classe, il n'y a vraiment que deux moments où je reprends goût à la vie, où je m'épanouis enfin: celui de la lecture où je continue à avoir beaucoup d'avance sur le reste de la classe et tout ce qui regroupe le français: dictée, orthographe, grammaire, rédaction où je me montre souvent la meilleure. Il n'y a qu'en conjugaison que j'ai des difficultés. En lecture, j'ai entre 8 et 10/10 à chaque contrôle. Je m'ennuie un peu car les autres, certains en tous cas, continuent à annonner en lisant et cela m'exaspère car j'ai déjà lu tout le livre de lecture. Dès cette année, je me jette comme une désespérée dans ma matière de prédilection: le français.
Je tiens enfin ma revanche et je ne vais plus la lacher...

CE2

J'ai 9 ans

J'entre en CE2. Je suis dans la classe de monsieur B. qui dirige l'ex-école des garçons et pique des colères impressionnantes. Bizarrement, elles nous font souvent nous tordre de rire. C'est un homme gentil. A l'époque, il me paraît grand. Il est chauve, mince, les yeux clairs me semble-t-il me souvenir. Toujours sa coutumière blouse grise sur le dos. Quand il se met en colère, son visage devient rubicond. Quand notre travail ne le satisfait pas, les pages volent les unes après les autres. Un cahier ne fait pas long feu avec lui !
Cette année-là, je me souviens d'un hiver rigoureux. Une neige très présente et abondante. Dans la cour, nous nous livrons à des batailles de boules de neige effrenées ainsi que la création de bonshommes de neige. Le week-end, nous nous retrouvons au parc Chabrières où nous dévalons les pentes enneigées sur de vulgaires sacs de plastique. Cet hiver-là, je manque souvent l'école et étrangement, c'est à cette période que j'obtiens les meilleures notes de l'année.
En milieu d'année scolaire, mes cousins Christophe et Cathy emménagent avec leurs parents dans un immeuble à proximité de l'école. Je les connais très peu car mon oncle, l'un des frères de maman est assez instable et a la bougeotte; ils déménagent trop souvent.
Je suis heureuse de l'arrivée de ma cousine qui doit avoir 1 an de moins que moi. Pourtant, on ne sympathise pas car Cathy est encore plus sauvage et timide que moi. Un mur invisible s'est dressé entre nous. Quelques mois plus tard, ses parents déménagent encore et je les perds de vue durant de nombreuses années.
Cette année-là, on découvre que mon frère qui souffre de fréquentes crises d'asthme est en fait allergique à une multitude de choses et en particulier aux poils de chat. C'est un déchirement pour toute la famille mais nous sommes contraints de nous séparer de Bibi. Grâce à des voisins, nous confions la garde de mon chat à un couple de gens habitant à St. Amour dans le Jura. Durant les années qui suivent, nous avons régulièrement de ses nouvelles et apprenons qu'il chasse le gibier et va chercher son maître à son travail. Il est heureux et cela nous redonne le sourire.
J'ai 9 ans et demi quand ma grand-mère maternelle décède à l'âge de 66 ans des suites de la maladie de Parkinson. Avant de s'éteindre, sur son lit de mort, elle demande pardon à maman pour l'amour qu'elle n'a pas su lui donner. Une grand-mère que la vie ne me donne pas beaucoup de temps pour la connaître réellement mais suffisamment pour l'aimer, en dépit de tout. Cette année-là, très peu de souvenirs scolaires mais une année chargée en émotions...

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